05/06/2016

PREFERENCE CANTONALE: L'ORIGINAL ET LES PÂLES COPIES

 

Dans l'édition d'aujourd'hui du Matin Dimanche, les acteurs politiques genevois commentent les déclarations du Conseiller Genevois MCG Mauro Poggia de vouloir déduire de la subvention de Clair-Bois l'équivalent du salaire versé au nouveau frontalier engagé à la place d'un demandeur d'emploi plus qualifié.

"C'est au pied du mur que l'on voit le maçon" dit-on. Ici c'est au moment d'assumer les décisions que l'on voit la différence entre l'original et les copies, entre le courage et la couardise, entre l'action et les belles paroles.

 

Jusqu'ici, parce que c'est dans la mouvance du moment, tout le monde s'accordait, à Genève comme en Suisse, à reconnaître qu'il est logique d'engager des personnes résidentes, quelle que soit leur nationalité d'ailleurs, plutôt que des personnes venant de l'étranger, et particulièrement de l'Union Européenne, à compétences égales. Mais voilà que se présente le cas pratique: pourtant soumise à cette obligation, une entité subventionnée dans le domaine du handicap, la viole allègrement, en favorisant le copinage interne français, et engage deux frontalier provenant du même village qu'un haut cadre chargé du recrutement, et alors même que des candidats au chômage ou à l'aide sociale ont les compétences requises. Alors que ces deux personnes auraient dû être licenciées, Mauro Poggia ne demande le licenciement que de l'une d'elles, l'autre travaillant déjà auparavant chez un autre employeur genevois au bénéfice d'un permis frontalier.

 

Plutôt que de reconnaître leur erreur et faire profil bas, les dirigeant de Clair-Bois optent pour l'arrogance et crient à l'ingérence! Cette même ingérence qui ne semble pas les déranger lorsque l'Etat leur verse 35 millions de subventions par année en leur fixant des missions.

Alors notre Conseiller d'Etat, considérant fort justement que l'argent du contribuable n'a pas à servir au paiement d'un salaire qui aurait pu sortir du chômage ou de l'aide sociale une personne à charge de la collectivité, menace de déduire l'équivalent de ce salaire (90000 francs, excusez du peu...) de la subvention.

 

C'est alors que les masques tombent et que le vrai visage des acteurs politiques de notre canton apparaît:

Pour le PDC, le brave docteur Buchs crie à l'électoralisme, affirmant que Mauro Poggia sort de son rôle.

Pour le PS, sa présidente Carole-Anne Kast déclare que l'Etat n'a pas à se mêler de la gestion du personnel de ses subventionnés.

Pour le PLR, le très libéral Cyril Aellen, dont le président national du même parti propose une "préférence nationale" comme alternative à l'initiative UDC acceptée le 9 février 2014, vient nous dire que les "compétences équivalentes" ne veulent rien dire, et qu'en fait on doit pouvoir faire comme on veut.

Pour la Verte Sophie Forster Carbonnier, l'employeur doit être seul maître à bord, car si le candidat proposé par l'Office cantonal de l'emploi "dysfonctionne", l'Etat n'est pas responsable.

Même pour l'UDC Thomas Bläsi, il ne doit pas y avoir de sanction à la violation de la directive de la part de ceux qui y sont soumis. Ici, cela risquerait de pénaliser les bénéficiaires des prestations. .Il est vrai que 90000 francs sur 35 millions de subventions, et 50 millions de budget, il y a de quoi mettre les personnes handicapées à la rue. Que l'on nous dise quelles seraient alors les entités subventionnées qui ne rempliraient aucune mission d'intérêt public et qui pourraient être sanctionnées lorsqu'elles se moquent avec désinvolture des injonctions de l'Etat!!!

Seule Magali Orsini, d'Ensemble à Gauche exprime de la considération pour nos demandeurs d'emplois.

REMARQUABLE NON? A l'heure où tout le monde semblait s'accorder sur le fait qu'engager local chaque fois que cela est possible serait l'expression du bon sens.

 

Quant au président du Conseil d'Etat, il ne prendrait "aucune position affaiblissant encore plus les personnes accueillies par Clair Bois". Vous retiendrez le "encore plus". N'est-ce pourtant pas ce Conseil d'Etat, majoritairement de droite (deux PLR et deux PDC), qui impose, depuis le début de la législature des coupes linéaires à toutes les entités subventionnées pour des motifs d'économies. Il est évidemment plus facile de tirer des traits partout plutôt que de se "mouiller" en prenant des décisions individuelles. Courage fuyons!

 

Tout ceci nous enseigne qu'un seul parti à Genève a la réelle intention de défendre nos demandeurs d'emplois. Pour le reste de la classe politique, il n'est question que de belles paroles. Une classe qui serait bien inspirée de suivre des cours de rattrapage, car les Genevoises et les Genevois ont déjà compris les enjeux depuis fort longtemps.

 

 

Daniel Sormanni

Vice-Président du MCG

Député au Gd-Conseil

Conseiller municipal Ville de Genève

11:58 Écrit par Daniel Sormanni dans Air du temps, Citoyens, Economie, Emploi, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |